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Aragon et l'art moderne
Musée de la Poste

Eclairage de l’oeuvre

lettres a aube
16 juin 2010

Dans le métro en survolant quelques pages de « Fictions » je me demandais s’il valait mieux ou non chercher un éclairage à l’œuvre ?
Doit-on toujours allumer la lumière pour voir le cru, les détails du décor et parfois même les coulisses, ou vaut-il mieux rester dans une obscurité intime et flatteuse ?

Expliciter, analyser, questionner, sont habituellement parmi mes activités de prédilection. Pourtant cette fois, je me dis oui mais non, enfin peut être parce qu’après tout pourquoi pas.

Je m’explique. Lorsque l’on parle décryptage littéraire, mon esprit réfère instinctivement à nos bons vieux cours de français.
Sonder, disséquer les classiques les plus élimés, c’est en véritable docteur (maboul) que se changeaient nos professeurs.
Entre allitérations et autres figures de style, la plus petite ouverture de guillemets, la moindre virgule passaient au radar.
Jouez sur les rythmes, les sonorités et correctement les agencer, ok.
Mais n’allez pas me faire croire que nos chers auteurs se disaient  « tiens je placerais bien par ici une petite prosopopée ».
Dans ce cas le décryptage à répétition finit par ôter toute saveur à l’œuvre, par nous faire perdre tout sens profond et il n’est plus que digression indigeste.

Pourtant, certaines œuvres peuvent paraître obscures et l’on pourrait, pour elles, être tenté d’allumer la lampe de chevet.
Parfois sans connaître au préalable l’intention ou l’exercice auquel se livre l’auteur, la compréhension semble inaccessible et la réinterprétation tout bonnement illusoire.
Mais ces écrits ne passent-ils pas à côté de leur but premier ?
Cette démarche n’est elle pas purement égoïste de la part de l’auteur ?

Entrer dans l’intime de nos icônes littéraires, c’est un peu comme lire Voici, non ?
Toucher du doigt l’inaccessible, ébrécher le mythe pour établir une proximité factice.

Prônant pourtant l’instinct et la libre interprétation, je dois l’avouer, moi aussi j’ai fait l’expérience des coulisses.
Cette expérience c’est « Lettres à Aube » qui m’en a donné l’occasion, et bien que l’épistolaire soit officiellement mon affaire, je n’ai trouvé que peu de relief à cette compilation de lettres privées.
Primo les courriers d’un père à sa fille font bien souvent référence au quotidien et à de multiples banalités. L’œuvre réelle perd toute la saveur que l’auteur peut mettre dans l’imaginaire ou dans les mots qu’il aligne lorsqu’il sait qu’il sera lu et ce non seulement par son interlocuteur premier.
Secundo le privé devrait parfois rester du domaine du privé, car oui c’est vrai, j’aime le mythe de l’auteur inaccessible, un peu mystérieux, façonnable et façonné, par notre lecture réinterprété.

Au final, avec ou sans lumière, le plaisir reste le même si le choix est assumé.
Chercher à faire de chaque lecture une interprétation pertinente, percutante et personnelle avec ou sans aide, voilà selon moi la vraie mission.
Faire d’un caractère secondaire un caractère premier.


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